Compte-rendu de la réunion thématique sur la gestion des eaux pluviales, vendredi 30 novembre
La cinquième réunion thématique s’est déroulée le 30 novembre à Villepinte dans le cadre du salon Pollutec. 80 personnes ont participé à la réunion publique et échangé sur la gestion des eaux pluviales. Les présentations des intervenants en tribune sont disponibles sur le site (lien).
La réunion a débuté par une présentation de l’état des lieux des techniques et des différentes politiques mises en œuvre sur le territoire francilien pour traiter les eaux pluviales. Pour le profane, cette réunion a permis de découvrir une multitude d’initiatives engagées sur le territoire. Elle n’a cependant pas permis de mesurer (quantitativement et qualitativement) en quoi toutes ces actions menées en amont auraient ou non une conséquence sur les traitements réalisés sur Seine aval. Il sera nécessaire d’éclairer plus précisément le public sur ces liens.
Le traitement des eaux pluviales, quel état des lieux sur le territoire francilien ?
Les premiers intervenants ont présenté des éléments d’état des lieux (lien). On retiendra trois éléments majeurs :
1- Les volumes de pollution en métaux lourds et micropolluants à traiter sont équivalents pour les eaux domestiques et les eaux pluviales.
2- Les politiques de gestion en amont des eaux pluviales ont pour objectifs de limiter les volumes traités en station d’épuration et d’éviter le surdimensionnement des ouvrages. Les leviers d’actions consistent à :
- Limiter l’imperméabilisation des sols et des voiries ;
- Organiser la rétention à la parcelle, l’infiltration ou l’utilisation des eaux pluviales pour des usages non domestiques ;
- Stocker les volumes pour les ralentir : bassins de retenue, tunnels de stockage.
3- Les aides de l’Agence de l’eau financent des études (à hauteur de 70%) et des projets (de 30 à 50 %). Les projets concernés sont divers : déconnexion des eaux de gouttière, stockage des eaux de ruissellement, etc. L’enveloppe globale sur tout le territoire de l’Agence a été estimée à 25 millions d’euros par an.
Le traitement des eaux pluviales, quelle stratégie à court, moyen et long terme ?
Les interventions de participants présents dans la salle ou les responsables des départements ont permis de faire apparaître une réalité : de multiples actions sont engagées dans les communes et les départements pour traiter en amont les eaux pluviales. Par ailleurs, de nombreuses innovations sont en cours d’émergence (projets d’urbanisme) et permettent de considérer les eaux pluviales comme une ressource et pas seulement un rejet. On a pu noter que les politiques menées sur le territoire par les acteurs publics sont diverses, tant dans leurs objectifs que dans les moyens mis en œuvre. À titre d’exemple, plusieurs limites de rejet à la parcelle ont été évoquées : de
De même la construction de bassins de stockage évolue à des rythmes et pour des volumes très différents selon les départements. Certaines innovations, en particulier sur la récupération des eaux de pluie, sont en émergence sur le territoire. D’autres innovations, comme la technique japonaise de traitement membranaire en pied d’immeuble, ne seraient pas encore développées en partie à cause des réglementations. Certains intervenants ont souligné que beaucoup de ces innovations concernent les constructions neuves et sont difficilement transposables dans l’existant. La question du cadre dans lequel sont coordonnés les projets du SIAAP et les initiatives des acteurs qui gèrent les eaux pluviales à l’amont a été posée. Accepter la diversité des solutions semble une nécessité sur un territoire francilien très différencié. Les solutions pour le centre de Paris ou pour les projets du plateau de Saclay ne répondent pas aux mêmes impératifs.
Plusieurs intervenants ont insisté sur un point : les innovations technologiques sont désormais bien connues et souvent mises en œuvre en Europe. Leur développement suppose une révolution culturelle des acteurs franciliens : urbanistes, architectes, élus, techniciens. Pour développer ces innovations, il conviendrait de transmettre des savoirs faires et d’accélérer la formation professionnelle des acteurs économiques.
Un dernier point de débat a été soulevé : des décisions trop rapides sur la gestion des eaux pluviales pourraient conduire à ne choisir que les technologies actuelles qui sont « massives ». Ces investissements pourraient alors se faire au détriment d’une extension plus progressive d’innovations technologiques permettant un traitement ou une valorisation des eaux pluviales à la source. Un intervenant estime « qu’il faut parfois savoir prendre un peu de retard ». Ce débat esquissé sur les technologies a rebondi sur les questions de financement.
En cours de réunion, le représentant du SIAAP a indiqué qu’au cours d’une réunion tenue le 29 novembre sur le prochain SDAGE (consultez le compte-rendu de cette réunion), les investissements nécessaires avaient été estimés à 20 milliards d’euros sur la période. Les élus présents ont décidé de ramener cette enveloppe à 8 à 10 milliards d’euros sur la période dont 55 % seraient à la charge des collectivités. Une intervenante s’est publiquement interrogée : les forts investissements à consentir sur les stations d’épuration ne risquent-ils pas de bloquer les efforts menés pour un traitement en amont des eaux pluviales ou pour la mise en séparatif de certains réseaux ?
Les masses financières en jeu et les multiples besoins évoqués en réunion semblent démontrer que les arbitrages à opérer seront difficiles et complexes.
Comment financer ces investissements et avec quelles conséquences sociales ?
Le représentant d’ATTAC
Ce débat a été repris par plusieurs intervenants qui ont souligné que les modes de financement fondés sur le principe « l’eau finance l’eau » étaient bousculés par les évolutions de la consommation. La baisse de la consommation d’eau potable comme le développement de l’utilisation des eaux pluviales modifient les prévisions de ressources financières. Ces deux phénomènes conduisent en effet à une baisse du volume d’eau potable consommée et des ressources financières. La charge polluante à traiter restant en revanche identique, cela pose le problème du coût du traitement des eaux sales.
De nouvelles sources de financement sont à envisager. Ainsi, certains intervenants ont évoqué la nécessité de développer des compteurs individuels qui semblent plus pertinents. Une solution qui est jugée bien trop coûteuse pour d’autres.
Quelles sont les conséquences d’une réduction de la consommation d’eau potable ?
Au-delà des questions strictement financières, les conséquences de la réduction de la consommation d’eau a été évoquée et a suscité de vifs échanges.
Par temps sec, la limitation des volumes d’eau dans le réseau unitaire a des conséquences qui ne sont pas encore complètement mesurées. Elle génère des problèmes de transport, des dépôts et des productions de H2S. Si ces problèmes sont réels, certains intervenants ont contesté un discours qui se développerait actuellement : « On nous dit d’économiser l’énergie, mais pas trop l’eau parce qu’il faut plus d’eau dans le réseau et pas trop les déchets parce qu’il faut faire tourner les usines de traitement ». Un intervenant a insisté : « L’eau potable est une ressource rare dont le traitement est cher. Il serait choquant d’utiliser ces eaux propres pour entraîner les matières fécales dans les réseaux ! ».
Photos : Okan Germiyan






Jeudi 6 décembre 2007 à 0:14
LA DEPOLLUTION DES EAUX DE TEMPS DE PLUIE
La pollution déversée par temps de pluie est un enjeu majeur pour la reconquête de la qualité de la Seine et l’atteinte des objectifs fixés par la directive cadre sur l’eau. Les pollutions causées par les rejets par temps de pluie sont de 2 natures :
·
des pollutions à effet immédiat : principalement les rejets de matières organiques dissoutes et d’ammonium qui occasionnent d’importantes consommation d’oxygène ;
·
des pollution à effet cumulatifs : principalement des micropolluants chimiques organiques (hydrocarbures, PCB, etc.) ou minéraux (plomb, cadmium, zinc, nickel, etc.).
Les quantités de polluants rejetés par temps de pluie sont très fluctuantes. En effet, la quantité – ou flux – est le produit de deux grandeurs : le volume d’eau et la concentration en polluants. Le volume est directement lié à l’importance de la pluie qui est aléatoire, c’est une première source de variabilité. Les concentrations en polluants sont également très variables au cours d’un même événement pluvieux dans des proportions pouvant varier dans une rapport de 1 à 5 comme ordre de grandeur. Ces concentrations sont également très variables d’un événement pluvieux à l’autre dans un rapport pouvant atteindre 1 à 10 voire plus.
Ces quantités varient aussi en fonction du type de réseau selon qu’il est unitaire (eaux usées et eaux de ruissellement sont mélangées dans un même tuyau) ou séparatif (eaux usées et eaux de ruissellement s’écoulent dans des canalisations séparées). Dans le cas de la zone d’alimentation de Seine-Aval, le réseau est très largement de type unitaire. Lorsqu’il pleut, le réseau peut être saturé. Pour éviter les inondations, les eaux excédentaires sont déversées directement en Seine par des organes prévus à cet effet : les déversoirs d’orage. Les eaux déversées sont polluées notamment par la présence d’eaux usées en proportion variable selon l’importance de la pluie. Cela a pour effet de déverser d’importantes quantités de polluants à effet immédiat et à effet différé alors que les eaux déversées par les réseaux d’eaux pluviales se caractérisent par une prépondérance des polluants à effet différé. La conséquence de cette différence est qu’une maîtrise efficace de la pollution due aux déversements des réseaux unitaires passe obligatoirement par un traitement en station d’épuration seul capable de traiter efficacement les polluants à effet immédiat (matières organiques et ammonium) par voie biologique. De plus une station d’épuration biologique intercepte plus efficacement les polluants à long terme qu’une capture physico-chimique comme c’est le cas dans une station de dépollution des eaux pluviales (SDEP).
Soulignons au passage que le concept de premier flot le plus pollué ne peut être utilisé pour dimensionner des ouvrages de dépollution. En effet il est tout a fait exceptionnel de rencontrer des sites où les premiers flots sont suffisamment importants pour pouvoir intercepter beaucoup de polluants en captant un faible volume.
LA STRATEGIE DE MAITRISE DES POLLUTIONS PAR TEMPS DE PLUIE
Le principe de la maîtrise des pollutions par temps de pluie se fonde sur 2 approches : l’une curative qui a pour objectif de permettre de résorber rapidement les pollutions liées aux rejets actuels, l’autre préventive visant à éviter d’aggraver la situation actuelle.
LES ACTIONS CURATIVES
Le schéma directeur s’est fixé comme objectif de ne pas autoriser en moyenne plus de 2 déversements non traités par an. A cette fin le principe retenu sur la zone unitaire est le stockage des eaux excédentaires de temps de pluie et leur restitution pour traitement en station d’épuration en fonction des capacités de transport disponibles. Le schéma directeur a estimé sur le secteur Seine-Aval les besoins en stockage à 890 000 m3. Les principaux sites de stockage des eaux sont Clichy (220 000 m3), la Briche à Epinay/Seine (140 000 m3), la boucle du Val de Seine entre Issy-les-Moulineaux et Meudon ((148 000 m3) et Enghien (100 000 m3). La capacité de traitement biologique, sur la base d’un débit moyen tout temps de 1,5 Mm3/j et un débit de référence de 2,3 Mm3/j prévue à Seine-Aval permet d’assurer le traitement de ces eaux.
Sur les réseaux séparatifs, l’orientation principale retenue est le traitement par simple décantation physique ou par décantation physico-chimique dans des stations de dépollution des eaux pluviales dont le principe est de faire appel des réactifs favorisant la décantation des particules en suspension sur lesquelles sont fixées la majorité des polluants. Ces installations, comme les stations d’épuration biologiques, ne peuvent accepter tous les débits sauf à dépenser des sommes folles pour une utilisation très occasionnelle. Aussi, comme dans le cas des réseaux unitaires, ces installations sont combinées à des ouvrages de stockages qui permettent d’absorber la pointe.
LES ACTIONS PREVENTIVES
L’agglomération parisienne compte environ 515 km2 de surfaces imperméabilisées dont 230 km2 sur la zone unitaire. Compte tenu des surfaces en jeu, on ne peut compter réduire significativement et dans un délai court le ruissellement produit par ces surfaces par l’usage des techniques de maîtrise du ruissellement en amont. Cependant ces techniques de maîtrise des eaux pluviales en amont sont indispensables pour préserver l’avenir : les performances visées par le schéma d’assainissement ont été étudiées pour un certain taux d’imperméabilisation. Pour maintenir ce niveau de performances, il est indispensable contrôler les apports dues aux imperméabilisations nouvelles. Celles-ci ont deux origines : l’extension urbaine et la densification du tissu urbain existant.
Ces techniques s’appliquent aussi bien en réseaux unitaires qu’en réseaux séparatifs. Si en réseau séparatif cela va de soi, en réseau unitaire cela paraît moins évident et pourtant elles ont aussi leur place. En effet une gestion différenciée les eaux pluviales quel que soit l’usage qui en sera fait ensuite : simple stockage-restitution, infiltration ou réutilisation nécessite localement (à la parcelle) le choix du séparatif même si le réseau est unitaire. Cela s’applique particulièrement aux rénovations urbaines.
Enfin, il convient de souligner que les techniques alternatives n’ont pas toutes la même efficacité sur la taille des installations de traitement en aval. Celles qui permettent la déconnexion des eaux de ruissellement du réseau sont les plus efficaces car elles permettent une réduction nette du volume à traiter puisque les eaux ne vont pas au réseau. Les autres techniques font appel au stockage, elles permettent un laminage des pointes de débit, encore qu’il convient de ne pas être totalement affirmatif sur ce point car un mauvais cumul des débits de vidange peut provoquer des pointes de débits dommageables. C’est néanmoins globalement intéressant car cela peut permettre de réduire le dimensionnement de pointe des ouvrages. En revanche, cela ne change rien sur le volume à traiter puisque les volumes stockés sont restitués au réseau de collecte après la pluie.
Jeudi 6 décembre 2007 à 0:51
Le compte rendu de la réunion fait état d’échanges vifs sur la question de
la réduction de la consommation d’eau potable. Le qualificatif "vif" me semble
exagéré… J’ai été interpellé et je pense avoir répondu sans agressivité, en
termes les plus simples et les plus claires possibles pour expliquer mes
interventions ici même sur le blog : attirer l’attention sur le fait que des
actions de bon sens peuvent avoir des effets méconnus d’un grand nombre de
personnes.
Pour plus de précisions sur mes interventions vous pouvez lire ou relire attentivement
mes 3 posts sur ce vaste sujet…
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